L'induction : quand le magnétisme fabrique de l'électricité
Le gain du jour : comprendre le phénomène qui alimente 95 % de l’électricité mondiale — l’induction — et sa traduction en équation : la loi de Faraday, puis l’équation de Maxwell-Faraday.
Pourquoi cette notion ?
Jusqu’ici, tout était statique : des charges immobiles, des champs figés. Le monde réel bouge. Quand les champs dépendent du temps, trois phénomènes nouveaux apparaissent : l’induction (cette leçon), le phénomène de capacité (leçon suivante) et la propagation (chapitre suivant — les ondes).
L’induction, c’est la découverte de Faraday (1831) : faire varier un flux magnétique à travers un circuit y fait naître un courant, sans aucune pile. C’est le principe de l’alternateur (barrage, centrale, éolienne), de la dynamo de vélo, de la plaque à induction, du transformateur, de la recharge sans fil. Produire de l’électricité = faire varier un flux.
Trois façons de faire varier le flux
Le flux à travers un circuit peut varier de trois manières :
- circuit mobile dans un champ permanent (alternateur : la bobine tourne) ;
- circuit fixe dans un champ variable (transformateur, plaque à induction) ;
- les deux à la fois.
La loi de Faraday
Dans un circuit fermé , la variation de flux crée une force électromotrice (f.é.m.) — homogène à une tension, en volts :
Plus le flux varie vite, plus la f.é.m. est grande. Un flux constant, même énorme, ne produit rien : c’est la variation qui compte.
La loi de Lenz : le sens du « − »
Le signe moins a un sens physique profond : le courant induit s’oppose, par ses effets, à la cause qui lui a donné naissance. Si le flux augmente, le courant induit crée un champ qui le freine ; si on approche un aimant d’une spire, elle le repousse.
C’est une nécessité énergétique : si l’induit renforçait sa cause, on aurait une boucle d’emballement gratuite — de l’énergie sortie de nulle part. La loi de Lenz, c’est la conservation de l’énergie qui parle. (Application concrète : le freinage par induction des poids lourds et des trains, sans aucun frottement.)
De Faraday à Maxwell-Faraday : la version « champ »
D’où vient cette f.é.m. dans un circuit immobile plongé dans un ? Aucune force magnétique ne pousse des charges au repos… La seule explication : un champ magnétique variable crée un champ électrique , dit champ induit, qui met les charges en mouvement. La f.é.m. est sa circulation le long du circuit :
(le circuit étant fixe, la dérivée passe sous l’intégrale). Appliquons le théorème de Stokes au membre de gauche :
Vraie pour toute surface : on identifie les intégrandes, et on obtient l’équation de Maxwell-Faraday :
(Si un champ électrostatique coexiste, il ne change rien : , l’équation vaut pour le champ total.)
La conséquence conceptuelle : adieu potentiel unique
En statique, on avait , donc et . Ce n’est plus vrai : en régime variable, la circulation de sur une boucle fermée est non nulle (c’est justement la f.é.m. !). Le champ induit est à circulation non conservative : il ne dérive pas d’un potentiel scalaire.
C’est le premier grand pont entre électricité et magnétisme : variable ⟹ . La leçon suivante construit le pont retour.
Vérifie ta compréhension
Une spire est plongée dans un champ magnétique intense mais parfaitement CONSTANT. La f.é.m. induite vaut…
On approche le pôle nord d'un aimant d'une spire. D'après la loi de Lenz, la spire…
Pourquoi la loi de Lenz est-elle une conséquence de la conservation de l'énergie ?
En régime variable, la circulation de E sur une boucle fermée vaut…
À retenir : (Faraday), le signe − = opposition à la cause (Lenz), version locale (Maxwell-Faraday). Un variable engendre un — qui ne dérive plus d’un potentiel.
Envie de calculer la f.é.m. d’un alternateur simple ? Demande l’exercice à ton agent-professeur.