Le courant de déplacement : le paradoxe du condensateur
Le gain du jour : comprendre pourquoi le théorème d’Ampère se contredit lui-même face à un condensateur, et comment le terme ajouté par Maxwell — le courant de déplacement — répare tout et complète le pont entre et .
Pourquoi cette notion ?
La leçon précédente a montré : variable → . Question naturelle : l’inverse est-il vrai ? La réponse sort d’un paradoxe très concret, découvert en poussant le théorème d’Ampère dans ses retranchements. Sa résolution par Maxwell (1865) est le geste qui a rendu les ondes électromagnétiques possibles — donc la radio, le Wi-Fi et la lumière comprise comme onde.
Le montage qui casse le théorème d’Ampère
Un circuit alimente un condensateur en tension variable : un courant circule dans les fils, alors que rien ne traverse l’espace entre les armatures. Appliquons le théorème d’Ampère sur un cercle entourant le fil… en se rappelant que le « courant enlacé » est celui qui traverse une surface s’appuyant sur — n’importe laquelle :
- Surface (un disque plat traversé par le fil) : → ;
- Surface (une poche qui passe entre les armatures, sans couper le fil) : aucun courant ne la traverse → → .
Deux surfaces également légitimes, deux résultats contradictoires. Le théorème d’Ampère, tel quel, est faux en régime variable.
La réparation de Maxwell : le courant de déplacement
Que se passe-t-il entre les armatures pendant la charge ? Pas de charges en mouvement, mais un champ électrique qui varie. Chiffrons-le : entre les armatures , et la charge d’une armature vaut . Le courant du fil est donc
Le terme a la dimension d’une densité de courant (A/m²), sans qu’aucune charge ne bouge. Maxwell le baptise courant de déplacement :
Il prolonge exactement le courant de conduction là où celui-ci s’interrompt : dans le condensateur, . Le courant total traverse et de la même façon : le paradoxe disparaît.
L’équation de Maxwell-Ampère
Le théorème d’Ampère généralisé au courant total donne :
Lis le deuxième terme : un champ électrique variable crée un champ magnétique, même sans aucun courant. C’est le symétrique de Maxwell-Faraday. Les deux ponts sont construits :
Un champ peut engendrer l’autre, qui regénère le premier… de proche en proche : c’est le mécanisme de la propagation des ondes électromagnétiques (chapitre suivant).
L’équation de continuité : la charge se conserve
Dernier morceau du puzzle du régime variable. La charge d’un volume fermé par ne peut varier que par le courant qui sort : . En passant par Ostrogradski, valable pour tout volume :
C’est l’équation de continuité : la charge électrique ne se crée ni ne se détruit, elle se déplace. (Au passage : en régime variable, — le vecteur densité de courant n’est plus à flux conservatif ; c’est précisément ce défaut que le courant de déplacement vient compenser dans Maxwell-Ampère.)
Bilan : statique → variable
| Régime statique | Régime variable | |
|---|---|---|
| (inchangée) | ||
| (inchangée) |
Ces quatre lignes de la colonne de droite… ce sont les équations de Maxwell. Tu les as maintenant toutes rencontrées.
Vérifie ta compréhension
Entre les armatures d'un condensateur en charge, le « courant de déplacement » correspond à…
Pourquoi fallait-il corriger le théorème d'Ampère ?
L'équation de continuité ∂ρ/∂t + ∇·J = 0 exprime…
Grâce au terme de Maxwell, un champ électrique variable…
À retenir : répare Ampère → . Continuité : . et s’engendrent mutuellement : les équations de Maxwell sont complètes, les ondes peuvent exister.
Prochaine étape : les équations de Maxwell réunies et l’onde électromagnétique. Dis-le à ton agent-professeur quand tu es prêt.