Les équations de Maxwell : quatre lignes pour tout l'électromagnétisme
Le gain du jour : rassembler tout ce qu’on a construit en un système de quatre équations — les postulats de l’électromagnétisme — savoir les lire physiquement, et découvrir la machinerie des potentiels qui sert à les résoudre.
Pourquoi cette notion ?
Depuis le début du cours, on a récolté des lois une par une : Gauss, Faraday, Ampère corrigé… Maxwell (1865) a compris qu’elles forment un système complet : quatre équations locales qui gouvernent tous les phénomènes électriques, magnétiques et lumineux, du frottement d’une règle en plastique au Wi-Fi. Ce sont les postulats de base de l’électromagnétisme — l’équivalent des lois de Newton pour la mécanique.
Les quatre équations (dans le vide, avec sources et )
| Nom | Équation | Lecture physique |
|---|---|---|
| Maxwell-Gauss | les charges sont les sources de | |
| Maxwell-Thomson (flux) | pas de charge magnétique : les lignes de se referment | |
| Maxwell-Faraday | un variable engendre un | |
| Maxwell-Ampère | courants et variable engendrent |
Grandeurs en jeu : (V/m), (T), (C/m³), (A/m²), et les deux constantes , .
Trois remarques qui donnent le recul
- Le couplage : les deux rotationnels croisent et . Un champ variable engendre l’autre — c’est ce couplage qui rendra les ondes possibles (leçon suivante).
- L’asymétrie : et figurent dans les équations de … mais aucune « charge magnétique » n’existe dans celles de . Le monopôle magnétique n’a jamais été observé.
- La cohérence : prends la divergence de Maxwell-Ampère : tu retrouves exactement l’équation de continuité . Le terme de Maxwell n’était pas décoratif — sans lui, le système se contredit.
Comment résout-on ce système ? Deux stratégies
Méthode 1 — passer par les potentiels puis en déduire les champs. Méthode 2 — former les équations de propagation de et et les résoudre directement (leçon suivante).
La méthode des potentiels
Les deux équations sans sources ( et Maxwell-Faraday) ne parlent que de structure. On les résout une fois pour toutes (leçon 3 : les deux identités) :
En injectant dans Maxwell-Faraday : , donc ce champ dérive d’un potentiel scalaire :
Ce sont les relations champ-potentiels. Note la nouveauté par rapport à l’électrostatique : a maintenant deux contributions — la pente de et la variation temporelle de (le champ induit de la leçon 9).
La liberté de jauge
Surprise : le couple n’est pas unique. Pour n’importe quelle fonction scalaire :
décrit exactement le même champ — vérifie : le rotationnel tue , et les deux corrections de se compensent. C’est la transformation de jauge. Choisir un couple, c’est « fixer une jauge » : une pure convention de calcul, sans effet physique. (Cette idée anodine deviendra un pilier de la physique des particules.)
La jauge de Lorentz et les potentiels retardés
En injectant les relations champ-potentiels dans les deux équations avec sources, on obtient deux équations couplées pour et . On exploite alors la liberté de jauge pour choisir la jauge de Lorentz :
et le miracle opère : les équations se découplent en deux équations d’onde jumelles,
Leurs solutions, les potentiels retardés, ont une interprétation physique magnifique : le potentiel en à l’instant dépend des sources telles qu’elles étaient à l’instant :
L’influence électromagnétique n’est pas instantanée : elle voyage à la vitesse . Si le Soleil s’éteignait maintenant, ses champs mettraient 8 minutes à nous l’apprendre.
Vérifie ta compréhension
Laquelle de ces équations interdit l'existence d'une « charge magnétique » isolée ?
En régime variable, le champ électrique s'écrit E = …
Changer de jauge (A → A + ∇ψ, V → V − ∂ψ/∂t) modifie…
Les potentiels retardés expriment que…
À retenir : quatre équations — deux divergences (sources), deux rotationnels (couplage ). Potentiels : , , définis à une jauge près ; en jauge de Lorentz, ils obéissent à des équations d’onde dont les solutions sont retardées de .
Envie de refaire la dérivation des équations des potentiels ? Ton agent-professeur la déroule pas à pas.