Le gain du jour : réécrire les équations de Maxwell pour qu’elles restent utilisables
dans la matière — en cachant les milliards de charges liées derrière deux nouveaux champs,
D et H — et savoir ce qui se passe à la frontière entre deux milieux.
Pourquoi cette notion ?
Les équations de Maxwell sont exactes partout… à condition de mettre dans ρ et Jtoutes les charges et tous les courants — y compris les charges de polarisation et les
courants microscopiques de la matière, qu’on ne connaît jamais. Inutilisable tel quel dans un
morceau de verre. La solution : trier les sources, et absorber celles qu’on ne contrôle pas
dans de nouveaux champs.
Trier les sources
Les charges se classent en deux groupes :
ρtot=ρℓ+ρp — les charges libresρℓ (électrons de
conduction) et les charges liéesρp=−∇⋅P (la polarisation,
leçon 7).
Les courants en trois :
Jtot=Jℓ+Jp+Jm, avec le courant libre, le courant de
polarisation Jp=∂P/∂t et le courant d’aimantation
Jm=∇∧M (où M est l’aimantation du milieu).
Absorber les charges liées : D et H
Injecte ce tri dans Maxwell-Gauss : les termes de polarisation se regroupent à gauche,
div(ε0E+P)=ρℓ⟹∇⋅D=ρℓavecD=ε0E+P
Même geste dans Maxwell-Ampère : les courants liés se regroupent avec B,
H est le vecteur excitation magnétique. Les deux équations sans sources restent
inchangées. Bilan — les équations de Maxwell dans un milieu matériel :
Équation
Expression
Maxwell-Gauss
∇⋅D=ρℓ
Maxwell-Thomson
∇⋅B=0
Maxwell-Faraday
∇∧E=−∂t∂B
Maxwell-Ampère
rotH=Jℓ+∂t∂D
La beauté du geste : seules les charges et courants libres — ceux que l’expérimentateur
contrôle — apparaissent. Dans un milieu LHI (linéaire, homogène, isotrope), tout se ferme
avec deux constantes :
D=εE=ε0εrEB=μH
Aux frontières : les relations de passage
Une interface entre deux milieux (verre/air, air/métal…) est une zone de discontinuité. Les
équations de Maxwell y imposent des règles de raccordement, avec n12 la normale
allant du milieu 1 vers le 2 :
Composante
Règle
Vient de
ET (tangentielle)
continue : ET1=ET2
Maxwell-Faraday
BN (normale)
continue : BN1=BN2
∇⋅B=0
DN (normale)
saut =σℓ : DN2−DN1=σℓ
Maxwell-Gauss
HT (tangentielle)
saut =jsℓ : HT2−HT1=jsℓ∧n12
Maxwell-Ampère
Cas clé (interface entre deux diélectriques, sans charges ni courants libres) : les quatre
grandeurs ET, BN, DN, HT sont toutes continues. Ce sont exactement ces
conditions qui produiront les lois de la réflexion et de la réfraction (leçons 18–19).
L’énergie dans un milieu
Le même calcul qu’en leçon 14, mené avec H et D, donne pour un milieu LHI :
u=21εE2+21μH2P=E∧H
Le vecteur de Poynting devient E∧H, et en régime sinusoïdal on utilise le
Poynting complexePc=21E∧H∗, dont la partie réelle
donne directement la moyenne temporelle ⟨P⟩ — l’outil standard de
l’ingénieur antennes/hyperfréquences.
Vérifie ta compréhension
Quel est l'intérêt principal des champs D et H ?
À l'interface entre deux diélectriques parfaits (sans charges libres), laquelle est continue ?
Dans un milieu LHI, la relation entre D et E s'écrit…
À retenir : D=ε0E+P, H=B/μ0−M ;
∇⋅D=ρℓ, rotH=Jℓ+∂tD.
Aux interfaces : ET, BN continues toujours ; DN et HT continues sans sources
libres. Énergie : u=21(εE2+μH2), P=E∧H.
Une démonstration de relation de passage en détail ? Demande à ton agent-professeur.